
Forum du JDR en ligne Terres Divines
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La porte de la taverne s’ouvre dans un grand fracas. Un homme plutôt tassé, le cheveu noir et hirsute avance à grands pas sûrs vers le comptoir. Il semble jeune malgré son visage couturé de cicatrices et la vieille crasse qui le recouvre. Un sourire radieux illumine la salle morne et silencieuse. Tous les regards se braquent sur lui.
-Hola l’ivrogneur ! Clame-t-il en se plantant devant le tôlier. Sers-moi donc un jus que j’étanche ma secade !
Le grand chauve au tablier à carreaux pose sur l’arrivant un regard ahuri tandis que dans la salle quelques sourires moqueurs se dessinent sur les visages turgescents des habituels pochards.
-Hé bien qu’attends-tu ? Doute-tu que je n’ai l’âge de m’estourbir de ton éthanol frelâté ?
L’aubergiste esquisse un sourire et saisit une bouteille au contenu suspect. D’un geste habile il remplit une chope qu’il dépose devant le jeune homme.
-Aaaah ! J’ai cru sécher de l’intérieur mon brave ! Puis, s’asseyant sur un haut tabouret et avalant une gorgée gouluement. Ma route fut longue jusqu’à Tradiria ! Des années que je n’avais plus poser le pied en ses lieux !
D’une rotation audacieuse du fondement il se retrouve face à la salle son verre à la main.
-Je connais bien tous vos sales faciès, bande de saoulards ! D’une traite il avale le fond de sa chopine et la repose sur le comptoir crasseux. Tout le temps de mon emprisonnement chez ces foutus brigands je n’ai eu que le vilain souvenir de vos regards alcoolisés comme soutien psychologique à ma détresse !
Derrière lui le tavernier emplit à nouveau son récipient.
-Mais t’es qui toi au juste pour venir insulter mon honorable et honorée clientèle ? Marmonne-t-il.
-Tu ne me reconnais point le gros ? Rohdar !... Le petit Rohdar ! Il y a quelques années encore je venais souvent ici même récupérer mon paternel après vos galantes sauteries !... Il est vrai que j’étais plus petit à l’époque !... Et toi moins gras !
Le tavernier pose bruyament la bouteille au point de la fendre sur le bois patiné du comptoir.
-Roro ?... C’est bien toi ? Eructe le grand chauve en ouvrant de grands yeux.
Un sourire satisfait éclaire le visage du jeune homme.
-Oui ! Roro !... Enlevé il y a dix printemps par une bande de malfrats et enfin de retour à Tradiria !
Un murmure étonné parcourt la salle. Les clients pour la plupart posent un regard bienveillant sur Rohdar.
-Ben dis-donc… T’as bien changé !... S’étonne l’astiqueur de verre en posant ses deux grosses paluches devant lui. Veux-tu que je te garde une table pour le dîner ?... C’est moi qui offre bien sûr.
D’un saut habile le jeune homme descend de son tabouret et s’approche de l’imposant tôlier.
-Ce sera avec plaisir mon bon ! J’ai hâte de me faire péter la panse de grasses ripailles !... Mais en attendant… Ajoute-t-il d’un ton plus bas en se penchant sur le comptoir... ne connaîtrais-tu point brave homme quelque goulue donzelle à culpercer… J’ai l’envie qui darde à m’en déchirer le froc !... Les brigands d’Alothanria font de piètres amoureuses sais-tu!
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-Aaaaaah !... Qu’Iridius me pèle le jonc s’il existe quelque chose de meilleur !
Rohdar, immergé dans l’eau chaude et bienfaisante d’un bon bain, barbotte gaiement en se caressant le cuir d’un savon laiteux au doux parfum de patchouli.
Assis dans son baquet il savoure le repos que lui a accordé le tavernier en son établissement en souvenir du « p’tit Rohdar » dont il semblait apprécier le retour inopiné.
-O ma douce ! Lance le paladin à la boniche à peine plus âgée que lui qui s’escrime à laver les frusques fort sales de ce dernier. Viens donc me verser encore un de tes seaux d’eau bouillante dont tu as le secret ! La froidure me picote le derme !
La demoiselle jette sur le jeune homme un regard noir en maugréant, délaisse la chemise crasseuse qu’elle frotte depuis un bon quart d’heure et plonge son seau dans un gros chaudron bouillonnant trônant au centre de la cheminée.
L’air mauvais, portant de ces deux bras fatigués le lourd seau elle s’approche menaçante du paladin qui s’enduit joyeusement le corps de mousse en chantonnant.
-… Par contre ce versement-ci sois donc plus attentive ! Ajoute-t-il tout en se glissant la savonnette sous les aisselles. La précédente fois tu m’as cuit les noix !
Petit sourire de la femme en tablier qui d’un geste sec verse d’un seul coup le contenu fumant pile entre les deux genoux qui émergent au milieu de la mousse.
-Aouch ! Eructe Rohdar dont le visage vire au cramoisi dans les vapeurs tourbillonnantes tandis que la demoiselle retourne à sa chemise crasseuse contente d’elle.
-Messire est servi ! Minaude-t-elle en lui tournant le dos. Messire désire-t-il un peu plus d’eau chaude ?
-N…Non…Merci O ma douce !… Cela ira je t’en remercie. Soupire l’ébouillanté en plongeant ses mains pour tâter ses attributs. Je n’aurai juste plus aucune descendance désormais… Mais cela importe peu ! Se reprend-il en se laissant glisser dans le fond du baquet ne laissant plus qu’apparaître sa tête hors de l’eau. Ce bain est si bon depuis dix ans que j’en rêvais !
Messire m’en voit ravie. Maugrée la donzelle.
Une cloche retentit sourdement au rez-de-chaussée.
Ah ! C’est l’heure du dîner messire ! Soupire avec soulagement la donzelle en arrêtant de frotter et en étendant les linges humides sur une ficelle à sècher qui pendouille devant l’âtre. Vous trouverez pantalon et chemise propres dans l’étagère derrière vous ! Quant à moi il me faut regagner prestement les cuisines afin d’aider père au service !
-Encore merci pour ton aide ô gentillette !... Tu es bien bonne ! Ajoute Rohdar en se redressant et enjambant le bord du baquet dévoilant impudiquement ses impressionnantes intimités violacées sous le feu de l’eau bouillante. D’une main couverte de mousse il se saisit d’une serviette qu’il commence à passer sur son visage ruisselant. Laisse-moi donc m’envestimenter de ses beaux atours que tu m’as préparé et je te rejoins vite me remplir le gargouillard qui hurle famine !
S’empourprant soudainement la demoiselle disparaît en refermant la lourde porte et s’éloigne d’un petit pas rapide qui résonne dans le couloir.
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Tradiria dans le soleil couchant...
Un jeune homme marchait dans la capitale paladine après une longue journée de dur labeur. Il se faufilait entre les bâtiments, les jambes lourdes, la tête baissée, exténué. Les divers teintes de pourpre et d'or qui ornaient le ciel ne retenaient même pas son attention. Cela faisait déjà plusieurs semaines qu'il était en vadrouille, glanant de ci delà de maigres ressources nécessaires à la confection d'objets en tout genre. Depuis peu, il s'était mis en tête de débiter autant de stères qu'il lui était possible d'un vieux chêne se trouvant à l'entrée de Tradiria.
Son sac pesait une tonne et ses pensées étaient entièrement tournées vers cette ennuyeuse tâche, si bien, que lorsqu'il passa devant le temple d'Iridius, il se souvint tout à coup que cela faisait trop longtemps qu'il n'était pas venu prier son Dieu. Les moines le regardèrent passer. Il baissa la tête, honteux.
Son titre de templier, que lui avait cédé ses ancêtres, voûtait ses fêles épaules et lui sembla être un fardeau pour la première fois de sa jeune existence. Comment lier le culte et le don de soi aux intérêts personnels ? Comment agencer sa vie afin de pouvoir s'accomplir en tant qu'être aussi bien matériellement que spirituellement ?
Tandis qu'il passait la porte de la taverne, l'effluve de bière, des repas chauds et de la chaleur ambiante chassa pour le moment ces sombres pensées.
Le tavernier, en le voyant sur le seuil de son établissement, ne put s'empêcher de maugréer.
-Revoilà le prêcheur d'Iridius qui vient encore nous tanner avec sa bonne parole et répandre ses sermons tel un paysan fertilisant son champs.
Druss Corléone s'installa au comptoir, un coude sur le bois du bar, le regard vide.
Affichant un sourire de rigueur, fruit d'années d'expérience, le tenancier lui lança.
-Alors l'ami ? Que puis-je faire pour toi aujourd'hui ?
-Comme d'habitude, répondit la voix lasse et fluette de son interlocuteur.
L'homme lui servit son éternel sirop de carise.
-Que t'arrive-t-il aujourd'hui ? Iridius n'a toujours pas répondu à tes appels ?
Le ton était rieur mais pas moqueur.
-J'ai l'impression qu'il m'a abandonné ces jours-ci, fit Druss. Je sais que la guerre de Lurhilis a mobilisé pas mal de forces, mais en ce moment, je tourne en rond. Quels sont donc les nouvelles ? Cela fait un petit moment que je n'ai pas eu vent des rumeurs et autres billevesées que vous aimez échanger par ici...
Sourire narquois de rigueur.
-Et bien, répondit le tavernier, sans tenir compte de la pique lancée, le commerce avec les namidas est toujours aussi florissant, la paix est revenue après la reprise de la cité purifiée et un petit nouveau à fait son apparition, où devrais-je dire qu'un vieux de la vieille a fait son retour.
Intrigué, Corléone leva un sourcil sous sa masse de cheveux blonds.
-Le connaitrais-je par hasard ?
-J'en doute, il vient de réapparaître après dix ans passés chez ses infâmes fils de... leur mère que sont ces rebelles de...
-Comment s'appelle-t-il, coupa Druss, peu enclin à écouter l'homme vociférer tout un tas d'insultes.
-C'est Roro voyons !
Silence.
-Oui, bon, tu ne dois pas connaître Rohdar car à l'âge où il fut enlever tu devais encore téter le lait de ta mère.
Un rire gras s'échappa de la gorge déployée du tavernier. Il n'eut qu'un soupir comme réponse.
-Bien, fit le jeune homme. Envoies le moi, c'est moi qui invite. Après de si longues vacances passées dans les geôles rebelles, il doit être affamé. Agit avec courtoisie pour une fois, car la dernière fois que je t'ai envoyé quérir une belle damoiselle, tes insanités et ta vulgarité l'ont fait fuir, donc s'il lui plait, il me siérait qu'il se joigne à moi. J'aurais plaisir à tailler le bout de gras de bewok avec lui.
Sortant une bourse assez rondelette, le templier la tendit au patron de l'établissement.
-Et met ton meilleur vin sur la table pour une fois. Je suis de ceux qui ne supporte pas l'immonde piquette que tu sers à tes poivrots habituels. Qu'Iridius soit avec toi.
Sans autre forme de cérémonie, Corléone alla s'installer à une table proche du feu qui brûlait dans l'âtre principal. Sa chaleur comblerait peut être le vide qu'il ressentait rien qu'en repensant à tout ce qu'il lui restait à faire...
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Frais et dispo Rohdar déboula les marches de bois qui menaient à la salle à manger. Il se sentait beau comme un carrosse dans son pantalon de cuir propre et sa pétante chemise blanche.
Il regarda les convives attablés et occupés à ripailler d’un œil tendre. La petite servante passa devant les lui les bras chargés de plateau couverts de morceaux d’agneaux et de légumes. Il ne put s’empêcher de lui pincer le gras de la cuisse.
La mijorée se retourna et lui jeta un regard mauvais. Rohdar lui adressa un clin d’œil.
« Si tu savais ma douce comme il est bon de retrouver de bonnes manières et de bonnes gens ! Les brigands des bois sont rustres et si peu culturés…» Il se tapa la bedaine bruyament. « J’ai la dent creuse ô ma jolie ! J’ai barboté toute l’après-midi à n’en pas voire le temps passer ! Où est donc le brave qui me régale ? »
Du menton elle lui indiqua la table face à l’âtre où siégeait un homme relativement jeune couvert d’échardes et de copeaux de bois.
A grandes enjambées il traversa la salle et vint s’asseoir en face du généreux qui l’invitait.
« Hola du bûcheron ! Je m’présente : Rhodar… De retour chez lui après dix ans de captivité… Excuses mes manières un peu bizarres mais je n’ai eu pendant longtemps que le jactage ergoteux et les mœurs contre nature des brigands comme unique apprentissage ! »
D’un geste il appela la serveuse qui fit la moue en l’apercevant.
« J’ai la secade ! » Sourit-il en guise d’explication.
« Je cherche à mettre mes pognes au service de ce bon peuple de Tradiria… mais… » Il détaillait son interlocuteur de pied en cap. « … sache que je ne cherche ni gloire ni honneur, je suis déjà assez foutrement outillé comme ça pour en plus m’embarrasser d’un harem encombrant, foi de Rohdar ! »
Les marques de la religion Tradirienne que portait ostensiblement son interlocuteur ne lui avaient pas échappées et il se pencha au dessus de la table afin de lui parler un peu plus bas.
« Dis-moi… Tu n’es pas cureton au moins l’ami ? »
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Un léger sourire naquit sur le bord des lèvres du jeune homme. Les paroles du nouveau venu était simples, claires et efficaces.
En voilà un personnage haut en couleur, pensa-t-il.
Après avoir toisé son interlocuteur quelques seconde, le guerrier répondit.
- Je me nomme Druss Corléone, templier au service d'Iridius, prêtre à mes heures et en effet, bûcheron pour le moment...
Il empoigna son couteau qu'il planta d'un coup sec dans la table.
- Mais sache que ma vocation première est celle de faire comprendre à ces mécréants de fibusiens qu'ils ne sont pas dans le droit chemin et qu'ils devraient mieux prier pour le salut de leurs âmes... Avec moi, pas de pardon ni de simagrées, ceux qui doivent mourir, le feront.
La tension était montée d'un cran mais elle retomba lorsque le repas arriva et que les yeux du paladin s'écarquillèrent. Il avait attendu toute la journée ce repas chaud et il comptait bien faire honneur à son ventre criant famine.
Empoignant sa fourchette et sortant son couteau du bois, il poursuivit tout en attaquant son assiette.
- Apparemment, il y a un moment que tu n'es pas venu par ici. Si tu le souhaites, je pourrais te mettre au parfum sur notre Roi et ses conseillers, comment va le peuple, où et qui sont nos ennemis, bref, toutes les petites astuces qui te permettront de survivre ici bas.
Mais avant toute chose, j'aurais besoin d'un petit coup de main qui me permettra de jauger tes capacités.
Le templier remplit les verres vides.
- Ce petit travail ne t'engagera en rien vis à vis du peuple ou de moi même. Cependant, il te permettra d'obtenir un petit écu en bois, qui, voyant ton équipement surdimensionné, ne te fera pas défaut... Du moins, si tu t'en sens capable...
Le regard de Corléone se fit interrogateur tandis qu'il mâchonnait un bout de viande.
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-Foutrecouille ! Tu m’as l’air d’un nerveux l’ami ! Rugit Rohdar en contemplant hilare le couteau vibrant fiché dans le bois de la table. L’aubergiste doit être heureux que tu n’aies point ramené ta hache de bûcheron !
Le revenant fixe frère Corléone tandis que celui-ci entame la conversation. Devant eux les plats fumants au fumet délicat titillent ses narines frétillantes.
-Faut te détendre les sphincters où bien tu risques l’ulcère à l’estomac. Ajoute le jeune homme en regardant le paladin reprendre son couteau pour découper quelques grosses rondelles d’une saucisse fumée fort juteuse.
-Prends donc un gorgeon de cette goulue piquette avec moi ! Sourit-il en attrapant le cruchon et en remplissant les chopines de la liqueur écarlate. Nous papoterons mieux quand ces ripailles ne seront plus qu’un mélancolique souvenir !
Sans attendre de réponse de son interlocuteur l’homme se jette sur son écuelle glissant la nourriture dans sa bouche à même les doigts… sans pour autant s’en mettre partout. Malgré ses us bizarres Rohdar n’en demeure pas moins civilisé et habile de ses mains. Point besoin de fourchettes de couteau ou de serviette à carreau artistiquement nouée autour du cou, ustensiles inutiles dévolus aux nobles ripailleurs aux doigts propres et à la constipation chronique.
Ce n’est que quelques bouchées plus tard, une fois l’assiette en bois raclée, les miettes aspirées et les doigts soigneusement léchés que l’énergumène daigne répondre à la demande du paladin en posant sur lui un regard pétillant.
-Tes conseils et ta proposition m’intéressent… sauf si le coup de main en question est littéralement un vrai coup de main !... J’ai suffisamment donné ces dernières années avec ces pourceaux sodomites d’Alothanria !
Rohdar se recule sur son tabouret et étire ses longs bras au dessus de sa tête. Un léger rot discret s’échappe d’entre ses lèvres.
-Qu’attends-tu donc de moi ? Demande-t-il l’œil malicieux. Trancher quelques troncs d’arbres dans ton entreprise de déforestation ? Te trouver quelque délurée muette au yeux de braise à fort niquer? Ou bien encore je ne sais, peut-être te fabriquer une cathédrale de ce magnifique corail pourpre endémique qui ne pousse que sur nos belles plages de sable fin où quelques paladines aiment à fôlatrer nues dans les vagues?... Dis-moi donc l’ami ce que tu attends de moi ! Je me ferai un honneur de te filer un « coup de main » si cela peut me contenter à mon tour !
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