
Forum du JDR en ligne Terres Divines
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- « Qui nous a balancé ? » lançais-je sèchement.
L’homme était de dix ou quinze ans mon ainée. Il était plus petit que moi mais beaucoup plus large d’épaule. Son visage était carré et une barbe noir soulignait ses traits sauvages. Ses bras épais étaient tracés par de solides muscles saillant. Il répondit, la voix grave, roulante, avec cet accent rude qu’on les rebelles d’Alothanria.
- « Personne Messire Skonce »
- « Ce qui voudrait dire que mon plan n’était pas parfait ? »
- « Ce n’est pas ce que je voulais dire Messi… » Mon poing vint s’écraser, dans un craquement de cartilage, sur son nez qui se mis à saigner abondamment. L’homme ne broncha pas ; le sang tachait ses vêtements. Il renifla grossièrement pour retenir un glaire sanguinolent qui pendait à ses narines. Il passa sa main sur ses lèvres et essuya l’épaisse coulée rouge.
- « Ils veulent votre mort Messire. »
Je réfléchis un instant. Cet homme était un de mes plus fidèles sbires et je savais qu’il disait la vérité. Je fis un simple signe de main et le larron sortit de la tente. Je me tournais vers mes compagnons, silencieux, assis sur des coussins autour d’une fine table de bois où fumait un narguilé à Tonjina.
- « Nous sommes dans un foutu pétrin les gars. Il semblerait qu’on à écoulé trop d’argent cette fois-ci. Les Maîtres semblent bien décidés à briser notre carrière de contrebandier. »
- « Et nos vie avec ? » lança Frugilegus d’une voix glaciale.
- « Et nos vie avec. » répondis-je entre mes dents, comme pour moi-même.
- « Pourquoi ont leur casse pas la gueule à ces chiens galeux ? » beugla Krek.
- « Ce n’est pas aussi simple que ça » lançais-je.
- « L’argent dors à la banque ; filons en douce et faisons nous oublier. » Proposa Frugilegus
- « Groumpf » grogna Marfaal
- « C’est ce qu’on va faire. » dis-je
- « On va groumpfer ? » demanda Krek
- « Non on va se barrer d’Alothanria » soupirais-je
- « Tout suite ? » s’enquit Frugilegus
- « C’est le meilleur moment pour filer. Le soleil est au zénith : c’est l’heure de la sieste. »
Sans plus parler je fis un signe de main et mes trois compagnons se levèrent. Frugilegus, le sorcier, drapé dans une robe aussi noire et sale que sa chevelure. Krek, le guerrier colossal qui avait les capacités physiques et psychologique d’un bewok mâle en période de rut. Marfaal, trapu et puissant, agile et rusé, primitif comme un fauve ; il arborait d’ailleurs une cape en fourrure de tigre et prétendait avoir terrassé l’énorme félin avec sa tête.
Krek tira la lourde caisse dans le fond de la tente. Du pied, il poussa la paillasse de paille. Se baissa, attrapa le gros anneau de fer et ouvrit la trappe de bois.
Une pâle lumière s’échappait du passage. Des barreaux de fer rouillés servaient d’échelle. Je descendis le premier dans le trou étroit. A peine deux mètres plus bas, je posai le pied sur les dalles qui couvraient la terre humide. Une pierre éclairait les ténèbres d’une lueur bleutée. Le conduit était minuscule et peu long, seulement une poignée de mètres. J’avançais, le dos courbé. J’étais fier de moi et de ma bande : c’était Marfaal qui avait creusé ce tunnel, avec ses mains aimait-il répéter, et la pierre brillait d’un éclat magique soufflé par Frugilegus. Nous ne pouvions passer qu’un à un et Krek, bâti comme géant, devait même avancer à quatre pattes ; mais cette issue secrète nous avais sauvé de nombreuse fois.
Je sortis de l’excavation en poussant une trappe dissimulée sous une couche de mousse. La lumière du jour m’aveugla un instant. Je sortis discrètement ; j’étais juste au pied de la barricade. Notre tente était à peine à cinq mètre de l’autre coté ; le petit tunnel ne faisait que traverser sous le mur en bois. D’ici, les gardes qui patrouillaient sur le chemin de ronde des remparts pouvaient difficilement me voir ; mais de toute façon, à l’heure qu’il était, ils devaient cuver leur vin, dans les tours, à l’abri du soleil.
Mes compagnons m’avaient rejoins et nous avancions sur un petit sentier forestier. Autour de nous, la forêt dressait ses immenses troncs, la lumière perçait à travers l’épais feuillage et caressait la terre humide. Seul le chant assourdissant des cigales striaient le silence serein des bois d’Alothanria. Nous marchions sans dire un mot ; chacun de nous savais où nous allions. Le chemin menait à la côte ; une fois arrivé sur le littoral nous prendrions notre embarcation, cachée dans les rochers, et nous la porterions jusqu'à la mer. Il ne nous resterait plus qu’à monter le mat et à dérouler la voile. Il y avait, au fond de la barge, des barils d’eau douce et des filets de pêche. Nous naviguerions quelques temps, le long de la côte, histoire de nous faire oublier.
Une heure avait passé et nous marchions toujours à travers les bois. Mais les arbres se dispersaient et la mousse, les feuilles et l’humus, qui couvraient le sentier, laissèrent la place à une fine poussière. Bientôt, nous aperçûmes la lande rocheuse, battu par le vent salé du large, qui précède les dunes et l’océan. Au loin, sur le chemin, une sombre silhouette semblait nous attendre.
Le cheval, un majestueux étalon, la robe et la crinière ébène, se cabra en hennissant. Le guerrier resta en selle, droit et impassible comme une statue de bronze. Une armure noire le couvrait de la tête au pied et des bois de cerf ornaient son casque. L’acier sombre couvrait son visage, mais ses yeux, à travers la visière, brillaient comme ceux d’un carnassier traquant sa proie.
« Skonce » hurla le guerrier.
Son cheval piaffa, affolé, les yeux roulants. L’homme de sa main de fer, tira puissamment sur le mord ; la bête se cabra à nouveau, ses énormes sabots battirent l’air avant de retomber lourdement, dans un bruit sourd, sur le sol poussiéreux.
« Tu dois payer pour tes crimes Skonce. Tu dois payer de ta vie ! »
« Faites moi taire ce guignol » ricanai-je
A mes cotés, Marfaal brandit sa massue en rugissant puis partit en courant. La peau de tigre qui couvrait son corps trapu dansait dans son dos. Comme un fauve, il se rua sur le cheval. L’inconnu tira de son fourreau, dans un sombre sifflement d’acier, son sabre étincelant. Il poussa un cri féroce et de ses bottes de fer, frappa violemment les flancs de sa bête qui parti au galop. Marfaal s’apprêtait à bondir sur le guerrier lorsque le destrier fit un brusque écart. Le cavalier abattit son sabre ; la lame d’acier fendit l’air et déchira la chair. La tête tranchée vola un instant, chuta sur le sol et roula dans la poussière. Je regardais le corps, décapité, s’écrouler lourdement dans sa course. J’étais incapable d’esquisser le moindre geste, de prononcer un seul mot. Mes yeux fixaient la dépouille de mon ami, affalée au milieu d’un flot de sang. Immobile, j’entendais les sabots tambourinant du cheval qui martelait le sol. Je levai les yeux, et je vis, face à moi, la gueule écumante et les yeux roulant de la bête au galop.
Soudain, Krek jeta son corps énorme contre le cheval. L’animal, frappée de plein fouet, manqua de tomber et s’ébroua dans sa douleur. Le cavalier tenait bon ses étriers, déjà il maitrisait sa bête, tirant avec force sur la bride. Le sabre à la main, il bondit à terre avec agilité et fit face à l’énorme rebelle. Krek était beaucoup plus grand que son adversaire, et ses épaules était deux fois plus large. Vêtu d’une simple tunique de cuir, Krek était une force de la nature. Devant moi, son dos colossal, sa nuque épaisse et ses muscles puissants me firent penser à une montagne. Il fit tournoyer son énorme marteau de guerre et l’abattit, dans un vrombissement sourd, vers le casque aux cornes de cerf. L’homme, bien qu’alourdit dans son armure d’acier noir, s’écarta soudainement sur le coté et esquiva le coup. Son sabre, tel un serpent, bondit dans sa main, et mordit. La lame, dans une giclée de sang, déchira la chair entre la poitrine et l’aine. Krek poussa un grognement. La lame, qui fouillait ses entrailles déchirées, se retira avec rapidité, puis frappa de nouveau, cette fois-ci dans le cou. Krek s’écroula en avant. Tandis que le sang jaillissait de la gorge fendue et s’échappait en bouillonnant du ventre, je sentis ressurgir en moi un sentiment depuis bien longtemps oublié.
« Tu as peur Skonce ? » rugit la voix du guerrier. Il enjamba le cadavre de mon ami et marcha vers moi. A chaque pas, ses bottes tachées de sang frappaient le sol. A chaque pas, cliquetait la musique métallique de sa lourde armure. Sur la lame de son sabre perlaient des gouttes écarlates. Je croisais ses yeux étincelant et je compris qu’il allait me tuer.
« Je vais cramer ce fils de catin » dit une voix étouffée derrière moi. Je venais de voir mourir, en une poignée de secondes, deux compagnons d’armes, deux amis, deux frères et je fus presque surpris de trouver Frugilegus encore en vie. Son visage désincarné était d’une pâleur spectrale. Sa chevelure, aussi noire que sa longue robe de sorcier, suintait de sueur. Sa bouche, écumante, grimaçait de rage. L’éclat de la colère étincelait dans ses yeux noirs. Il tendit sa main tremblante. Sa voix, brisée, récita une sombre incantation. Un éclair de lumière aveuglant semblait vibrer autour de lui. Dans un grondement formidable et une nuée de braise, une boule de feu incandescente jaillit de sa main, et vola, vrombissante et brûlante, traversant l’air. L’explosion souffla avec tant de force que je dû protéger mon visage des deux mains.
Le nuage de poussière soulevé par la déflagration se dissipait. Je devinais la sombre silhouette dressée du guerrier. Son rire rauque et terrifiant résonna dans le silence. L’homme en armure noire surgit soudainement de la fumée ; l’éclat du sabre m’aveugla. Je me jetais sur le coté. En roulant dans la poussière, je vis, par-dessus mon épaule, le guerrier foncer sur Frugilegus.
Je fus stupéfait de voir avec quelle aisance la lame déchira l’étoffe et la chair. Je regardai Frugilegus s’effondrer, le corps sans vie, les bras ballants, lentement, les cuisses sur les mollets, le buste ensanglanté sur les cuisses, la tête sur les genoux. Je regardais ce misérable tas inerte et une angoisse écrasante me submergea devant la fragilité de l’existence. Le sang coulait, flaque écarlate, noyant la dépouille sans vie dans un flot rouge. Je ne respirai plus. Marfaal, Krek, Frugilegus. Mon ventre se souleva dans un ressac ; une lave incandescente défonça mon gosier et gicla à l’air libre par ma bouche.
A quatre pattes comme un chien, les mains dans mes vomissures, je fixais les bottes de fer du guerrier. J’attendais, incapable de bouger, qu’il me tranche la tête. Au lieu de ça, il me balança un coup de pied dans la bouche. Je roulai sur moi-même, crachant un épais flot de sang. Dans cette marée rouge, je sentais des grumeaux couler sur mes lèvres fendues.
« Tu n’es qu’un lâche qui tremble au moment de mourir. »
Je me relevais difficilement.
« Combien de crime à-tu commis Skonce ? Te croyais-tu au dessus des hommes ? »
Je crachais des dents et un lambeau de gencive. Je passais une main sur mes lèvres ensanglanté et senti la chair déchirée sous mes doigts. Je dévisageai mon adversaire et mon regard d’ébène plongea dans les yeux de feu du guerrier. Derrière son casque d’acier, son rire terrifiant résonna. Cet inconnu voulait me fait souffrir. J’aurais dû me jeter à ses pieds et implorer la mort, mais une force bouillonna dans mon sang et je sentis la vie battre dans tout mon être. Son rire redoubla lorsque je saisis mon épée… Vaincre ou mourir.
Ma lame fendit l’air, mais le guerrier leva son sabre et frappa ma main. Je vis mes deux petits doigts, dans un flot de sang, tomber au sol. La douleur explosa, rongea la chair de ma paume entaillée. Je trouvai la force de faire un bond en arrière. J’eu à peine le temps de changer mon arme de main, que l’homme, brandissant son sabre, bondit sur moi, Il me porta un coup que je parais ; le choc fut terrible, sa puissance était prodigieuse et je sentis les os de mon bras vibrer. Il tourna sur lui-même, faisant danser sa cape noir, et abattit son sabre. La lame siffla à mes oreilles tel le hurlement d’un loup blessé et trancha ma main mutilée dans une pluie de sang. M’accrochant à la vie, je me jetais en arrière ; lui se jeta sur moi. Un flot rouge giclait de mon moignon déchiré ; ma vision se troubla. Encore une fois, dans des éclats d’étincelles, je parais son sabre ; le choc se réverbéra jusque dans mon épaule. Je lâchais mon épée. Le guerrier m’attrapa la gorge de sa main gantée de fer, et me frappa au visage avec le manche en acier de son sabre.
Deux fois. Le sang gicla. J’essayai vainement d’accrocher son bras puissant. Trois fois. Une lumière blanche m’aveugla. Je mis ma main devant mon visage. Quatre fois. La garde en métal du sabre me brisa des phalanges et me fendit le nez. Un flot brûlant d’urine coula sur mes cuisses. Au coup suivant, je cru que ma tête avait explosé comme un melon trop mur. Je tombais à genoux ; le front profondément ouvert, l’arcade sourcilière broyée, un œil éclaté. Le sang ruisselait sur ma face défigurée ; le rire du guerrier gronda derrière son casque. Ses yeux, luisant de fureur, étincelaient à travers la visière d’acier. Mon corps était agité de soubresaut nerveux et mon ventre, en gargouillant, se vida dans ma défroque. J’essayais, en tremblant, d’étancher le sang qui jaillissait de mon moignon. Je n’articulais aucun mot, ne poussait aucun gémissement ; je me contentais, au bord de l’évanouissement, de fixer ce lambeau de chair ensanglanté qui suintait dans le tissus de ma veste.
« Tu voudrais mourir tout de suite n’est ce pas ? »
Je parvins à lever la tête. J’essayai de cracher sur le guerrier, mais le filet sanguinolent glissa de mes lèvres fendues et coula sur mon pantalon qui baignait dans mes excréments. Le sabre s’enfonça dans ma gorge. Le guerrier ne m’acheva pas ; il se délecta en riant de mon agonie. La gorge fendue ; je luttais contre la mort inévitable. Mon corps brisé se tendait convulsivement. J’essayais de respirer, je suffoquais ; je me tordais sur le sol, dans cette boue nauséabonde où se mêlait mon sang, mon urine et mes excréments. J’essayais de le maudire en mourant, mais mes paroles furent étouffées par le gargouillement du sang qui jaillissait en bouillonnant.
Dernière modification par Skonce (19-05-2008 18:41:04)
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